Montréal Graffiti

Mot d’une des auteures

La série Montréal graffiti a été initiée par Jeanne Demers et moi-même. Elle s’inscrivait dans la continuité de notre réflexion sur le manifeste comme genre, le graffiti étant la forme populaires du manifeste.

Peu après la parution de Le manifeste en jeu – L’enjeu du manifeste (éditions Le Préambule, 1986), Jeanne me dit (je la revois encore dans sa cuisine; elle m’avait invitée à déjeuner chez elle):

  • On devrait écrire un petit livre, un livre avec des photos, hum… sur les graffiti, pourquoi pas ? Ça ne sait jamais fait à Montréal… un petit livre sympathique et plus léger que notre essai sur le Manifeste… pour nous récompenser de nos efforts…

Sur ce, je répondis:

  • Oui. Et je connais quelqu’un qui pourrait faire les photos…
    Voilà comment Josée Lambert, photographe professionnelle, entra dans l’aventure.

 

Elle et moi, avons couru pendant des mois après des graffiti, marchant rues après rues, faisant toutes les stations du métro de Montréal, visitant les toilettes de cegeps et universités, s’enfonçant prudemment dans les plus vieux tunnels de la ville, franchissant les barrières des immeubles en construction, restauration et rénovation, examinant les cours des écoles secondaires, déambulant avec des yeux tout le tour de la tête dans les ruelles… constituant ainsi un corpus de plusieurs centaines de photos, parmi lesquels il a fallu choisir.

Jeanne ne courait pas, elle n’avait plus l’âge. Déjà.

Montréal graffiti est une série d'ouvrages, tous parus chez VLB éditeur, composée principalement de photographies prises par Josée Lambert et d'une analyse de ces photos de graffiti, par Jeanne Demers et Line Mc Murray. La série comprend: 1. Montréal graffiti, 1987, 140 pages: cet ouvrage porte sur les graffiti, des murs extérieurs de la ville de Montréal. 2. Montréal graffiti bis, 1988, 132 pages: cet ouvrage porte sur les graffiti, des murs intérieurs des institutions montréalaises. 3. Graffiti et Loi 101, 1989, 50 pages: cet ouvrage porte sur les graffiti dont le sujet est la fameuse Loi 101 sur la langue française.

Graffito, graffiti: singulier et pluriel de ce genre manifestaire qui exhibe le "non-dit" de la ville, constitue des traces du refoulé de la culture, tient un discours du furtif, du caché, de la nuit et du risque - sa geste est préméditée, faussement spontanée à l'extérieur, vachement intime à l'intérieur, couvrant ou non des sujets d'actualités, se faisant souvent poétique. Graffiteur de métier, graffiteur d'occasion: nom de celui et celle qui écrit un graffiti, une fois unique ou à répétition; certains en font une carrière artistique. Hardgraffiti et softgraffiti: qualificatifs donnés au genre d'après la "dureté" ou non de son contenu équivalent souvent à son lieu, à risque ou non.

HAUT